• Annie Vidal

Rebâtir Notre Dame : Des enjeux au-delà des clivages

Le 15 avril dernier l’émotion s’emparait de notre pays : les Français découvraient en direct dans les journaux télévisés, la cathédrale Notre-Dame de Paris en flammes, victime d’un incendie accidentel en début de soirée. Très rapidement, le président de la République Emmanuel Macron, présent sur place, annonçait le lancement d’une souscription nationale afin de reconstruire le monument dans un délai de 5 ans. Dès la semaine suivante, les parlementaires se mettent au travail et écrivent le projet de loi pour la conservation et la restauration de la cathédrale Notre-Dame de Paris. Pourquoi cet empressement, allez-vous demander ? L’émotion n’a-t-elle pas créé un emballement médiatique et politique ? Il faut, je crois, plutôt interroger la valeur ignorée que représente Notre-Dame et qui s’est imposée à nous avec force.


Une Nation et son monument


La cathédrale Notre-Dame est l’un des monuments français les plus connus au monde. Le formidable élan de solidarité sur les réseaux sociaux et dans les médias étrangers nous a prouvé la renommée de cet édifice issu du Moyen Âge. Représentatif dans sa structure des techniques nouvelles du XIIIe siècle, voûtes et arcs-boutants, rosaces et tours gothiques, elle est en réalité un fantasme médiéval du XIXe siècle. La cathédrale a en effet été restaurée par l’architecte Viollet-le-Duc entre 1844 et 1865, à une époque où le Moyen Âge est célébré par les romanciers et les peintres, où les scientifiques veulent revenir aux origines de toutes choses. Ce monument est donc un reflet de son époque, de ses représentations, de ses techniques aussi. Il est également un symbole de l’Histoire de notre Nation et de nos valeurs. Edifice catholique érigé en un temps où la religion structurait la société, il s’est progressivement mué en un lieu politique symbolique majeur. La cathédrale fut le témoin de la réconciliation, certes fragile, des catholiques et des protestants. Elle abrita les premiers Etats-Généraux, assemblée des représentants du peuple français indispensable au souverain pour les questions fiscales. En 1804, avec le sacre de Napoléon Ier, elle devient le symbole de la conscience nationale après les terribles heures de la période révolutionnaire. Aujourd’hui encore, le bourdon de Notre-Dame accompagne les grands instants de communion de la Nation : la victoire lors des deux conflits mondiaux ou encore les obsèques de nos grands personnages. Elle fut aussi, en 1831, le théâtre du célèbre roman de Victor Hugo, Notre Dame de Paris.


Encadrer, contrôler, représenter : le rôle de votre député


C’est dans ce qu’elle représente de notre Histoire, de nos valeurs partagées et finalement de l’union de notre Nation qu’il faut chercher le sens de cette émotion à la vue des flammes. Alors la reconstruire est une évidence qui s’est imposée très rapidement. Si la finalité du projet n’est pas remise en cause, les modalités ont soulevé nombre de questions et alimenté la polémique. Comment reconstruire ? Quels délais ? Par qui ? A l’identique ? Nous ne réglerons pas ici la question entre les Anciens et les Modernes, entre les partisans d’une reconstruction à l’identique et ceux des nouvelles prouesses architecturales. Mais, il appartiendra aux professionnels de faire des propositions. Par contre, les parlementaires ont ici toute légitimité pour garantir aux citoyens français la plus grande vigilance et l’encadrement par la loi de ce chantier exceptionnel. Le projet de loi propose aussi que cet immense et exceptionnel chantier puisse être un terrain d’apprentissage pour celles et ceux qui voudraient se former aux métiers de l’art, en formation initiale ou continue. Le projet de loi pour la conservation et la restauration de la cathédrale Notre-Dame de Paris répond à ces enjeux en posant un cadre juridique précis. La loi permet ainsi la collecte des fonds, y compris en provenance des collectivités, en garantissant les dispositions fiscales inhérentes aux dons des particuliers et en majorant à 75% le taux de la réduction d’impôt. De plus, les institutions chargées de la collecte sont clairement identifiées, garantissant la sécurité des dons. Concernant la conduite des travaux, le projet de loi prévoit la création d’un établissement public chargé avec l’Etat de concevoir et de réaliser les travaux. L’importance d’un tel établissement est de permettre l’association et donc la collaboration étroite avec d’autres acteurs indispensables à ce chantier : la ville de Paris et le diocèse de Paris. Enfin dans un souci d’efficacité et afin de permettre la rapidité d’exécution des travaux sans entraîner de surcoût, des dispositions ont été prises dans le cadre de la loi pour adapter aux caractéristiques du chantier les règles d’urbanisme : installation et aménagements utiles aux travaux, accueil du public, etc. Notre rôle de parlementaire est donc d’encadrer, mais aussi de contrôler, et pour cela des députés et des sénateurs siègeront avec le premier président de la Cour des comptes dans un comité de contrôle de l’utilisation des fonds recueillis lors de la souscription. Ainsi ce projet de loi n’est pas un artifice politique mais un gage de la volonté des députés de garantir et de contrôler l’intégrité du chantier. Mon souhait est de porter ce projet exceptionnel de restauration car il est aussi symbolique des enjeux de notre époque. En effet, « restaurer » signifie repartir à la source, et l’engouement des Français autour de ce projet patrimonial est aussi l’expression d’une union de la Nation. Symbole de la volonté des Français de construire et rebâtir ensemble en des temps troublés, c’est ce projet, aussi, que je veux porter avec vous.


Annie Vidal

©2019 by Annie Vidal